Le domaine de Vaux le Vicomte existe depuis bien plus longtemps mais il entre dans l'Histoire en 1641 quand Nicolas Fouquet rachète le domaine au parlementaire François Lottin de Charny. A cette époque, Vaux le Vicomte est constitué d'un petit château, probablement médiéval, et de terres agricoles où on trouve des fermes et quelques moulins. Dans un premier temps, Fouquet se contente de faire réparer les bâtiments abîmés et de faire réaliser un potager ainsi qu'un jardin d'agrément. Hormis ces quelques travaux, le domaine reste inchangé mais il est permis de penser que Fouquet a déjà une idée derrière la tête car au cours des années qui suivent, il rachète méthodiquement les terres aux alentours…

NICOLAS FOUQUET

En 1653 Fouquet est nommé surintendant des finances par le Cardinal Mazarin. La petite histoire retiendra que c'est cette année là que Fouquet engage à Vaux un jeune homme d'origine Suisse : Fritz karl Watel qui sera plus connu le nom de François Vatel. L'Histoire, elle, retiendra que c'est cette année là que Fouquet décide, comme c'est à l'époque la tradition, de transformer son vieux domaine en une propriétée de prestige. Mais pour Nicolas Fouquet, le prestigieux ne suffit pas, il lui faut de l'exceptionnel. Débute alors à Vaux des travaux collossaux dirigés par l‘architecte-entrepreneur Daniel Gittard qui suit probablement un projet défini par Fouquet et Le Nôtre.

Tout ce qui se trouve sur le domaine ou sur les terrains acquis est rasé pour faire place nette : le jardin d'agrément et le potager récemment créés, le vieux château, le village de Vaux au complet avec église et cimetière, les moulins, les deux hameaux de Maison-Rouge et de Jumeaux ... Rien ne subsiste ! Puis, on détourne et on canalise sous terre la petite rivière qui traverse en diagonal les terrains situés devant le futur château. Les terres extraites des fondations du château et des douves sont utilisées pour combler le lit de l'ancienne rivière, ce qui revient à dire qu'on déplace des millions de m3 de terre afin de transformer ce qui était une vallée en un plateau...

 

Dessin d'Israel Silvestre réalisé pour Fouquet vers 1660

Il est difficile d'avoir des certitudes sur le nombre de personnes qui travaillèrent à la réalisation de Vaux le Vicomte car dés que l'entourage de Fouquet apprend qu'un proche du Roy doit passer sur le chantier, on s'empresse de renvoyer vaquer aux travaux agricoles une partie des ouvriers afin de ne pas donner l'impression de travaux gigantesques ... En 1657 un gentilhomme du voisinage, raconte qu'il a compté neuf cents hommes travaillant à Vaux. Et si on rapproche ce témoignage d'une note écrite par Fouquet à la fin de 1660 par laquelle il exige qu'on doublât le nombre [d'ouvriers du chantier], on arrive au chiffre de 1800 personnes ! Ce qui peut paraitre énorme mais reste une bagatelle par rapport aux 36 000 ouvriers qui travailleront à Versailles quelques années plus tard !

Daniel Gittard achève les divers terrassements et propose un devis pour la construction du château mais Fouquet le rejette, le jugeant trop cher. Louis Le Vau proposant un projet avec un montant inferieur, c'est lui qui obtiendra le chantier. Son entrepreneur de maçonnerie sera Michel Villedo.

En 1656 c'est donc l'architecte Louis Le Vau, le décorateur Charles Le Brun et le paysagiste André Le Nôtre (ou Le Nostre comme cela s'écrivait au XVIIeme) qui arrivent pour édifer ce château et ces jardins qui accéléreront la chute du surintendant Fouquet...

Car à la Cour, la réussite ostensible de Fouquet a éveillé les jalousies et bien que le jeune surintendant des finances ait prouvé sa fidélité à la royauté lors de la période de la Fronde une douzaine d'années plus tôt, ses ennemis, dont le très influent Jean Baptiste Colbert, réussissent à le discréditer aux yeux du souverain. Le jeune Louis XIV - il a 23 ans en 1661 – exprime alors l'envie de voir les nouveaux aménagements de Vaux le Vicomte. En son honneur, Fouquet organise alors, le 17 août 1661, une fête si somptueuse qu'elle fournit au roi exactement le prétexte qu'il recherchait : il accuse son Surintendant des finances de détourner de l'argent et il le fait arrêter 3 semaines plus tard, le 5 septembre, à Nantes, par le capitaine des mousquetaires du Roy, Charles de Batz Castelmore plus connu sous le nom de d'Artagnan.

( NB : On lira souvent dans les ouvrages que tous les travaux de Vaux ont été réalisés en 5 ans ce qui est doublement faux puisqu'il est avéré que le gros œuvre avait déja été réalisé lorsque le trio Le Vau, Le Brun et Le Nôtre arrive en 1656 et, si les travaux se sont arrétés en septembre 1661, c'est uniquement parce que Fouquet ayant été arrêté, ils n'ont pas continué ! )

Les scellés sont apposés à Vaux le 7 septembre 1661 et Louis XIV réquisitionne tous ceux qui ont créé et travaillé à Vaux pour aller transformer la résidence de chasse de son père à Versailles … L'architecte Louis Le Vau, le jardinier André Le Nôtre, le décorateur Charles Le Brun mais aussi le fontainier Claude Robillart, le chef-jardinier Antoine Trumel, Jean-Baptiste de La Quintinie pour le potager, et comment ne pas de mentionner la manufacture de tapisseries de Maincy, crée par Fouquet en 1658 dont le matériel et les tapissiers iront dés 1662 dans l'hôtel des Gobelins, qu'a racheté spécialement à cet effet Louis XIV afin de créer la manufacture royale des tapisseries des Gobelins.

Dans le même temps, une bonne partie des meubles, des tapisseries, des statues et même des végétaux des jardins (les jeunes arbres ainsi que les orangers) sont emmenés dans diverses propriétés du roi ou de ses proches. Certaines choses sont payées, pour d'autres, on « oublie »... Durant des années, les biens mobiliers de Vaux seront ainsi éparpillés à travers tout le royaume. On peut notamment citer la série de 11, 12 ou 14 (??) termes réalisés d'après des dessins de Nicolas Poussin spécialement pour Nicolas Fouquet et ses jardins de Vaux et qui seront vendus au roi en 1684 par Louis Nicolas Fouquet (le fils du surintendant) Ils décorent encore aujourd'hui les bosquets de la Girandole et du Dauphin à Versailles...

On peut peut donc penser ce qu'on veut de Nicolas Fouquet, les faits sont là, incontournables, incontestables : si Nicolas Fouquet n'avait pas fait Vaux le Vicomte en réunissant autour de lui les gens les plus doués de son époque, Versailles ne serait pas tel qu'il est aujourd'hui et si Versailles n'était pas Versailles il n'est pas déraisonnable de penser que l'Histoire de France ce serait peut être écrite autrement…