EVOLUTIONS ET MODIFICATIONS DES JARDINS DE VAUX

 

Etant donné la chute brutale de Fouquet, il n'est resté très peu de documents sur la construction des jardins de Vaux, cependant les archives d'Olivier Lefèvre d'Ormesson (conservées aux Archives Nationales) qui regroupent les actes réunis lors du procès de Fouquet apportent quelques éclaircissements.

Pour les autres époques, étant donné que plus on lit les différents choses écrites sur Fouquet plus il apparait évident que chaque auteur, chaque historien a sa propre interprétation de ce qui a été rapporté par telle personne ou telle auteur et qu'en conséquence de quoi il est difficile pour ne pas dire impossible d'avoir une certitude sur ce qui c'est passé il y a 350 ans, j'ai tenté de "croiser les sources" et de ne reprendre ici que des éléments et dates que j'ai retrouvé dans plusieurs textes, essais ou ouvrages...

 

1641 : Fouquet acquiert le domaine de Vaux le Vicomte et fait construire une basse cour, un parterre, un plan de charmes, un potager, un fruitier et fait clore par un mur les 40 ou 50 arpents du domaine

1653 : Fouquet devient surintendant des finances et charge Le Nôtre de remodeler les jardins existants. Les premiers travaux sont l'adduction d'eau, la canalisation d'un ruisseau puis le remodelage du terrain.

Pour créer ces effets de perspectives, Le Nôtre allonge les grands parterres de Broderies situés au Sud du château puis, pour équilibrer, les deux parterres latéraux ( les parterres de la Couronne et de Fleurs) qu'il étend sur la totalité de la surface disponible entre le château et les petits canaux. De ce fait, ces parterres perdent leurs symétries puisque, par rapport à leur centre, ils sont plus long vers le Sud que vers le Nord

1656 : Le frère de Fouquet, abbé à Rome convainc Poussin de dessiner les modèles d'un ensemble de termes pour Vaux. Dix de ces termes auraient été placés aux angles des « Grands Parterres de Gazon » (les Tritons) un serait resté en « réserve » dans le château et 2 aurait été placés autour de la Gerbe comme on les voit sur la peinture réalisé en 1728 à l'occasion de la visite de Marie Leszczynska à Vaux.

1657-1658 : Réalisation des gravures d'Israel Silvestre, on note que ces gravures ont donc été réalisées AVANT que les travaux ne soient réalisés.

Les Parterres de Gazon (les actuels Parterres des Tritons) étaient moins larges qu'aujourd'hui et c'est là semble t-il - que prenaient place 10 des termes de Poussin. 2 étaient placés sur la terrasse de la Gerbe et à l'inventaire des biens de Fouquet, un est encore encaissé dans une des courettes.

C'est le maître fontainier Claude Robillard qui règle les jets d'eau des jardins et le tout premier chef jardinier du domaine est Antoine Trumel

1661: Le 5 septembre 1661 les travaux d'aménagement de Vaux le Vicomte sont interrompus par l'arrestation de Fouquet

1683 : Louis Nicolas Fouquet, le fils, vend 11 des termes dessinés par Poussin à Louis XIV comme en témoigne un ordre de paiement.

1705 : Après la mort de son fils, la veuve de Nicolas Fouquet vend le domaine au Maréchal Claude Louis Hector de Villars. Le domaine prend le nom de Vaux Villars. Sur un croquis fait peu après mais non daté on constate que les parterres de broderies de buis ont été remplacés par des parterres de pelouses et que les grands parterres de gazons ( Tritons) sont dépourvus de leurs bassins. A la même époque des témoignages signalent la ruine des Grandes et Petites Cascades ( Grilles d'Eau)

1728 : Sur le tableau «  Visite de la Reine Marie Lecszinska » on constate que le parterre de fleurs a également été transformé en parterre de pelouse

1754 : Sur un grand plan daté de 1754 on constate que par rapport à son état d'origine, le parterre de la Couronne à été raccourci au sud pour que les deux parterres qui le composent soient symétriques.

1764 : L'héritier du Maréchal, Honoré Armand, vends le domaine à César Gabriel de Choiseul, duc de Praslin. Sur le plan de l'époque on peut voir que les 3 bassins du parterre de la couronne ont disparus et que les chemins et terrasse le long du grand canal sont en pelouse.

A peu près à la même époque sans qu'on soit vraiment certain de savoir qui de l'héritier Villars ou de Choiseul Praslin est la déprédation, les conduite hydrauliques en plomb sont arrachés et vendus

1780 : Sur un plan daté de 1764 (conservée aux archives départementale) le parterre de la Couronne semble totalement abandonné mais il a été modifié pour retrouver l'asymétrie crée par Le Nôtre

1785 : Un jardin pittoresque (à l'anglaise, donc l'exact opposé du jardin à la Française ) est crée au Nord de l'entrée du Château vers le ruisseau des Jumeaux

1820 : Des témoignages rapportent que les pommes de terre poussent dans les parterres et que les statues et les vases de marbres gisent, renversés et mutilé sans que personne ne les relèvent

1875 : Quand Alfred Sommier acquiert le domaine, le fermier de Choiseul récolte encore quelques arpents de blé dans les jardins de Vaux.

1877 : Alfred Sommier entame avec l'architecte Gabriel Hippolyte Destailleurs et le le paysagiste Elie Lainé une première campagne de restauration qui recréera le réseau hydraulique, le statuaire et les bassins.

1888 : Sur un plan de Rudolf Pfnor de 1888 le Parterre de la Couronne n'a plus aucun bassins et apparaît comme une vaste pelouse s'étendant sur toute la surface disponible. L'extrémité Sud de l'ancien parterre de fleurs est lui par contre toujours en surface minérale

1892 : Sommier fait rechercher les bassins du Parterre de la Couronne qui ont disparu. On retrouve leurs fondations sous la pelouse et Alfred Sommier décide de faire reconstituer le plus grand des trois. Il fait aussi recréer les parterres par Henri Duchêne. Ce dernier ne reconstitue pas l'asymétrie de Le Nôtre mais refait deux parterres symétriques entre eux. Comme cela laisse un espace vide au sud, il y plante des haies d'ifs nommées «Table du Roy » ( ou Chambres Vertes) Au milieu des anciens parterres de Broderies, sont placés les sculptures « Enlèvement d'Europe » et « Enlèvement de Nessus par Déjanire »

1908 à 1923 : Edme, le fils d'Alfred Sommier, fait appel à Henri, le fils d'Achille Duchêne pour réaliser la seconde campagne de restauration des jardins. Comme il n'y a pas vraiment de traces de ce qu'il y avait initialement dans les parterres latéraux du château ( Est & Ouest ) on peut considérer que Duchêne fait un travail de création sur les broderies de buis.

Il reconstitue ensuite  :

•  Les 2 petits bassins de la couronne.

•  Pour les Grandes Broderies il s'inspire librement des gravures de Silvestre, ce qui signifie que ses reconstitutions sont ressemblante mais différentes de ce qu'il y avait au XVIIème siècle. On peut citer les motifs des broderies de buis, plus géométriques que ceux de Le Nôtre.

•  Les petites cascades (Grilles d'eaux) très incomplètement recrées.

•  La largeur des anciens Parterres de Gazons, devenus parterre des Tritons, bien plus larges qu'au XVIIème puisque la rangée d'arbre qui existait entre les parterres et les charmilles n'est pas replantée

•  Les groupes de statues posés au milieu des bassins des Tritons alors que Le Nôtre n'avait voulu qu'un ensemble de surfaces simples

•  La présence de nombreux topiaires alors qu'il n'y en avait initialement pas

•  L'allée d'eau évoquée par Melle de Scudéry, non recrée puisque à sa place on trouve des parterres d'herbe aux découpes à angle droit et de larges vasques plates plantées de fleurs

•  La simplification des jeux d'eau des Grandes Cascades et le rajout aux angles des groupes de statues composés d'enfants et de chevaux marins

1993 : Patrice de Vogüé propriétaire de Vaux le Vicomte fait dégager la Terrasse de Diane/Terrasse de Fleurs qui était envahie par les arbres

2001 : Patrice de Vogué, fait recréer le parterre de fleurs, en s'inspirant du plan dit «  de l'institut » attribué à Le Notre.

LES JARDINS TEL QU'ILS ETAIENT

ET TELS QU'ILS SONT REDEVENUS